ETRE PIED AU MARATHON DES SABLES, C’EST PAS LE PIED !
Etre pied, je suis sur que vous pensez que c’est la belle vie. Et bien, vous vous trompez ! Regardez, nous par exemple, moi le pied gauche et mon ami le pied droit, et bien cela fait déjà 6 jours qu’Il nous fait subir les pires souffrances. Il, c’est celui qui nous prolonge et qui nous regarde de haut, sans jamais nous parler. Depuis le début de la semaine, Il nous sollicite pour parcourir plus de 240 kilomètres dans le désert, à pied, et plutôt que de marcher, Il court pour essayer d’arriver avant le maximum de personnes. En plus, Il porte sur son dos un sac qui faisait au début de la semaine 7 kilos et qui contient toute sa nourriture, son duvet, sa gamelle, son matériel obligatoire (fusée de détresse, miroir, couverture de survie)... Heureusement, même s’Il a cherché à avoir un sac le plus léger possible, Il a pensé à nous, et a prévu une paire de chaussette propre pour chaque jour !
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Tout à commencé le 6 avril. Nous étions 660 paires de pieds sur la ligne de départ du 18ème Marathon Des Sables qui se dispute comme tous les ans dans le désert du sud marocain. C’est la 3ème fois qu’Il nous fait subir cette course, alors que nous ne lui avons rien demandé, ayant déjà suffisamment souffert lors des 2 dernières éditions. Et le pire, c’est que nous ne sommes pas ingrats, car jamais nous ne lui avons fait faux bond (en ayant des ampoules par exemple) ce qui n’est pas le cas de tous nos collègues que nous pouvons croiser à l’infirmerie.
Le départ a été donné par Patrick Bauer, le créateur de cette course qui a semblé prendre son pied lorsqu’il a libéré tous ces « fous » venus de plus de 30 pays différents. Pour nous, la galére a tout de suite commencée. Alors que les autres années, Il faisait les 3 premières étapes pas trop vite pour attaquer seulement à partir de la quatrième étape, l’étape dite « marathon » qui peut faire plus de 80 kilomètres, et bien cette année, Il a attaqué dès le début et nous a sollicité tout au long des 25 kilomètres de cette première étape. Le pire, c’est que nous lui avons fait franchir la ligne d’arrivée en 47ème position et c’est tout juste s’Il nous a jeté un regard. Et le plus drôle dans l’histoire, c’est que nous, nous n’avions aucune ampoule ou irritation, alors que son nombril qui nous ignore tout le temps tellement il est prétentieux, et bien lui, il était irrité suite au frottement de la sangle ventrale du sac !
Les deux jours suivants, Il a continué sur le même rythme, et malgré un gros passage difficile lors de la 3ème étape, dû à un départ trop rapide, Il était classé à la 55ème place avant l’étape « marathon », et tout ça, grâce à nous. Même lors de la deuxième étape qui nous a fait traverser les dunes de Merzouga, les plus hautes dunes du Maroc, et bien nous n’avons pas protesté et nous avons tous fait pour qu’Il termine bien classé malgré son gabarit qui ne l’avantage pas dans le sable mou.
Le matin du 9 avril, lorsqu’Il nous a fait rentrer dans les chaussures au petit matin, nous savions que nous n’en ressortirions pas avant de longues heures, l’étape du jour faisant 82 kilomètres. Il est parti prudemment, et nous a sollicité sans discontinué pendant 11H55, ne prenant même pas le temps de s’arrêter pour manger, se contentant d’avaler des barres de céréales en courant. Par moment, il marchait, mais pris par la course et l’envie de terminer bien classé, Il se remettait à courir, même à toute petite allure. Ce jour là, Il a terminé 61ème et sitôt arrivé au bivouac, Il s’est enfoui dans son duvet tellement Il était fatigué. Heureusement, le lendemain, nous avons bénéficié d’une journée de repos, les concurrents disposant d’un temps limite de 36 heures pour boucler l’étape « marathon ». Il a mis à profit cette journée pour manger, se reposer les doigts de pied en éventail, et faire soigner son nombril qui c’était infecté (on rigole nous qui étions encore intacts…).
Lors de l’étape suivante, longue de 42 kilomètres, nous n’avons toujours pas compris ce qu’il s’est passé. Alors que tout Son corps allait bien, que de notre côté, nous avons fait de notre mieux comme à notre habitude, et bien Il n’a terminé « qu’à » la 76ème place. Il devait être dans un jour sans, ou bien les autres, sentant l’arrivée finale, se sont lâchés !
Ce matin, samedi 12 avril, c’est le dernier jour où nous devons être sollicités, ensuite nous espérons pouvoir profiter de quelques jours de repos à Ouarzazate. La dernière étape ne fait que 22 kilomètres, mais nous savons qu’Il la redoute car le rythme risque d’être très soutenu et Il voudrait conserver sa 58ème place au classement général. Nous le connaissons bien maintenant, depuis 36 ans pour être exacte et nous avons même fêté son anniversaire il y a 5 jours dans le désert, et nous savons que pour se défendre, Il va attaquer.
Nous ne nous sommes pas trompés. Sitôt le départ donné, Il nous oblige à le placer dans la première partie du peloton et à l’y maintenir. Malgré des signes de fatigue de son estomac (l’estomac, encore un qui se croit plus malin parce qu’il est plus haut perché que nous…) , Il refuse de baisser le rythme, allant même jusqu’à vomir par-dessus Son épaule en courant ! Il perd quelques places dans les derniers kilomètres, mais nous franchissons la ligne d’arrivée finale en 44ème position, regagnant même une place au classement général. Comme tous les concurrents, Il est accueilli par Patrick Bauer qui le félicite, et bien sur pas un mot pour nous ! Quand je vous disais qu’être pied, ce n’est vraiment pas une vie facile…
Je tiens à remercier mes pieds qui m’ont permis de terminer le 18ème Marathon Des Sables à la 57ème place sur 660, mon meilleur classement sur cette épreuve (79ème/612 en 2001 et 69ème/592 en 2002) et qui ne m’ont jamais fait faux bon. Patrick Cordier
Posted by: Admin on Dec 11, 03 | 2:16 pm |
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